La réforme des heures creuses est en cours de déploiement partout en France. Elle ne change ni votre contrat, ni votre compteur, ni votre tableau électrique. Mais elle déplace les horaires auxquels votre électricité est facturée au tarif réduit — et un appareil, un seul, est censé suivre ce déplacement tout seul : votre chauffe-eau. Encore faut-il qu'il en soit techniquement capable, et cela se joue dans le tableau.

Ce qui change exactement

Le volume ne bouge pas : vous conservez huit heures d'heures creuses par jour. C'est leur placement qui est revu. La règle appliquée par Enedis prévoit désormais au moins cinq heures consécutives la nuit, entre 23 h et 7 h, et jusqu'à trois heures déplacées vers l'après-midi, entre 11 h et 17 h. Selon les régions, ces plages d'après-midi diffèrent entre l'été et l'hiver.

L'objectif est de faire coïncider la consommation avec les heures où la production solaire est la plus forte. Vous ne choisissez pas vos nouveaux créneaux : ils sont fixés par le gestionnaire de réseau en fonction des conditions locales, et votre fournisseur vous prévient environ un mois avant le basculement.

Qui est concerné, et quand

Une première vague de 1,7 million de foyers a basculé à partir du 1er novembre 2025. La seconde, de loin la plus large, concerne 9,3 millions de foyers et s'étale du second semestre 2026 à l'automne 2027. Les professionnels suivront ensuite. Au total, environ 11 millions de foyers équipés d'un compteur Linky et d'un contrat heures pleines / heures creuses verront leurs horaires modifiés.

Pourquoi le chauffe-eau est le seul appareil réellement concerné

Votre lave-linge, votre lave-vaisselle ou votre voiture électrique ne savent pas ce qu'est une heure creuse : ils suivent une minuterie que vous réglez vous-même. Le chauffe-eau, lui, est le seul appareil du logement traditionnellement raccordé pour obéir à un signal extérieur. Ce signal ne lui parvient pas directement : il passe par un composant installé dans votre tableau électrique, le contacteur jour/nuit.

Ce contacteur est un module un peu plus large qu'un disjoncteur, muni d'un petit sélecteur à trois positions : marche forcée, arrêt, et automatique. En position automatique, il ferme le circuit du chauffe-eau quand le signal d'heures creuses arrive, et l'ouvre quand il cesse. C'est lui, et lui seul, qui décide de l'heure à laquelle vos deux cents litres d'eau chaude sont réchauffés.

Le point qui se joue dans votre tableau

Enedis indique que le basculement se fait automatiquement pour les équipements asservis, à condition qu'ils soient correctement raccordés au Linky par le contact sec. C'est toute la nuance, et c'est là que beaucoup d'installations toulousaines vont se faire piéger.

Le compteur Linky dispose de deux bornes de sortie, repérées C1 et C2, qui délivrent ce fameux contact sec. Si le contacteur jour/nuit de votre tableau est bien relié à ces deux bornes, il recevra le nouveau signal aux nouveaux horaires sans que personne n'ait à intervenir. Vous n'aurez rien à faire.

Si en revanche le pilotage a été laissé en l'état lors du remplacement de l'ancien compteur, ou si quelqu'un a contourné le problème en installant une simple horloge de programmation, alors le contacteur continuera d'obéir à un ordre qui n'a plus rien à voir avec les heures creuses réelles. Votre chauffe-eau chauffera consciencieusement, tous les jours, au mauvais moment — et vous le paierez au tarif plein sans qu'aucun voyant ne s'allume nulle part.

Les trois situations possibles

Le contacteur est asservi au contact sec du Linky. C'est le cas conforme. Le changement d'horaires est transparent, il n'y a strictement rien à faire, et le sélecteur doit simplement rester sur la position automatique.

Le chauffe-eau est piloté par une horloge ou un programmateur. On rencontre souvent ce montage sur des installations où le raccordement d'origine avait été perdu. L'horloge ignore la réforme : elle devra être reprogrammée manuellement sur les nouveaux horaires dès que votre fournisseur vous les aura communiqués, puis à nouveau si les plages diffèrent entre l'été et l'hiver.

Le contacteur est resté sur la position marche forcée. C'est plus fréquent qu'on ne l'imagine : le sélecteur a été basculé un jour pour dépanner, et personne ne l'a jamais remis. Dans ce cas, le chauffe-eau se déclenche dès qu'il en a besoin, à n'importe quelle heure, et l'abonnement heures creuses ne sert plus à rien.

Comment le vérifier chez vous

Ouvrez la porte de votre tableau électrique et cherchez le module le plus large de la rangée, celui qui porte un petit levier ou un bouton avec les repères I, 0 et Auto. Vérifiez qu'il est bien sur la position automatique. Notez ensuite l'heure à laquelle votre chauffe-eau se met en route : si le contacteur claque discrètement au moment où vos heures creuses commencent, le pilotage fonctionne. S'il ne claque jamais, ou à une heure sans rapport, quelque chose ne suit pas.

Cette vérification-là se fait à l'œil, porte ouverte, sans rien toucher. Tout ce qui concerne le câblage entre le compteur et le contacteur, en revanche, se passe sur des conducteurs sous tension et relève d'une intervention professionnelle.

Ce que nous faisons quand nous intervenons

Nous vérifions la présence et l'état du contacteur, nous contrôlons qu'il est bien piloté par le contact sec du compteur, nous mesurons que le signal arrive réellement, et nous reprenons le raccordement s'il manque. C'est une intervention courte, qui se fait le plus souvent à l'occasion d'un diagnostic ou d'une autre intervention sur le tableau. Si le tableau est par ailleurs saturé et qu'aucun emplacement n'est disponible pour le contacteur, la question devient celle du tableau lui-même.